INVITE DU MOIS

CHEIKH SAADBOUH SECK : « La filière mangue est devenue une véritable mine d’or pour ses acteurs.»

« LES EXPORTATIONS SONT PASSEES DE 6000 TONNES EN 2014 A 17 168 TONNES AU 30 SEPTEMBRE 2017 »

La filière mangue est devenue une véritable mine d’or pour ses acteurs. Depuis quelques années, la mangue sénégalaise se positionne favorablement dans les marchés locaux et internationaux. Pour mieux booster cette filière, les autorités en charge de ce secteur ont mis sur pied plusieurs structures. C’est le cas du Programme Cadre Intégré Renforcé (UNMOCIR). Dans cet entretien, son Coordonnateur, M. Cheikh SaadbouhSeck, revient sur les objectifs dudit programme et les moyens mis en œuvre pour un meilleur développement de la filière mangue.

1 – Quelles sont les missions du Programme Cadre Intégré Renforcé (CIR)?

Le CIR est un partenariat mondial entre PMA, donateurs et organisations internationales, financé par un fonds d’affectation spéciale multidonateurs, qui accorde une aide financière et technique aux Pays moins avancés (PMA) afin de renforcer leurs capacités commerciales. C’est donc un programme qui assure la fourniture coordonnée de l’Aide pour le commerce de manière transparente et efficace.

 

Les principales missions du CIR sont :

  • intégrer le commerce dans les stratégies nationales de développement;
  • développer les structures nécessaires à la coordination de l’assistance technique liée au commerce;
  • renforcer la capacité de faire du commerce, ce qui consiste aussi à remédier aux principales contraintes du côté de l’offre.

 

2 – Pouvez-vous revenir sur les mesures prises par l’État du Sénégal pour propulser la production de la mangue?

Depuis quelques années les différents projets, mis en œuvre par le ministère en charge de l’agriculture et celui en charge du commerce ainsi que les autres départements sectoriels qui interviennent dans la filière mangue, ont permis d’avoir des résultats probants en termes de production mais également de la qualité des produits.

 

De façon spécifique, l’Etat du Sénégal, met en œuvre depuis 2014, le Programme de relance de la cadence de l’agriculture sénégalaise (PRACAS) qui est la composante agricole du Plan Sénégal Emergent (PSE), ce qui a permis une augmentation très significative de la production de plusieurs spéculations. A titre illustratif, on peut prendre l’exemple du sous-secteur de l’horticulture qui a connu une production (en cours) de 1.520.191 tonnes, soit une hausse de 25% par rapport à 2015/2016 et une hausse de 46% par rapport à la moyenne des 5 dernières années (Ministère en charge de l’agriculture).

Pour ce qui est exactement de la mangue, la production a connu une augmentation considérable de même que les exportations qui sont passées de 6000 tonnes en 2014 à 17 168 tonnes au 30 septembre 2017 (www.atlc.sn).

L’Union Européenne constitue la première destination de la mangue sénégalaise avec 75% des exportations. Ensuite il y a les destinations sous régionales (Mauritanie, Ghana, Maroc) et enfin le Moyen-Orient (Dubai).

Ces performances enregistrées ces dernières années sont le résultat d’un ensemble d’interventions dans la filière dont celle du Programme Cadre intégré renforcé (PCIR).

En effet, dans le cadre de l’assistance technique liée au commerce, le PCIR a financé un projet pour le compte du Gouvernement sénégalais dénommé « Projet d’amélioration de la compétitivité de la mangue sénégalaise (PACMS). Ce projet intervient, depuis maintenant 3 ans, sur la filière mangue au  niveau de la zone des Niayes, du Centre et de la Casamance, principales zones productrices de mangue du Sénégal.

Le PACMS est un projet d’un cout global de 3 109 056 USD, soit plus de 1 500 000 000 F CFA et a démarré depuis 2015. Il vise à améliorer la compétitivité de la mangue et ses produits dérivés sur le marché international outre que l’Europe en vue de diversifier les marchés d’exportation des mangues sénégalaises tout en renforçant les capacités de production, transformation et commercialisation. Les actions du projet ont consisté à renforcer les capacités des acteurs le long de la chaine de valeur mangue à travers la formation, la dotation d’équipements et de matériels pour améliorer la qualité et  faciliter un meilleur accès aux marchés en vue de diversifier les débouchés et augmenter les exportations.

 

3 – Combien de tonnes ont été exportées ? Quel est le chiffre d’affaires généré par la filière mangue cette année?

Selon une étude réalisée par le PACMS, au 30 septembre 2017, le volume total des exportations de mangues s’élevait à 17 168 tonnes toutes destinations confondues (Europe, sous-région et autres destinations) contre 15 048 tonnes la même date en 2015 et 16 704 tonnes en 2016. En valeur, ce volume représente 10 milliards de francs CFA.

 

4 – Avez-vous atteint vos objectifs pour cette année?

Eu égard aux différentes activités menées dans la mise en œuvre du projet au profit des différents acteurs de la filière, nous pouvons dire que nous avons largement atteint nos objectifs.

En effet, il faut noter que, d’une part, des activités ont été menées pour renforcer les capacités des producteurs et des Instituts d’appui au commerce (IAC). Il s’agit notamment :

  • de l’organisation de onze (11) sessions de formation sur les bonnes pratiques agricoles pour 447 producteurs, dont 342 hommes (76%) et 95 femmes (24%) ;
  • de la Formation de 567 acteurs sur les méthodes de lutte contre les principaux ravageurs pour 463 hommes et 104 femmes ;
  • de l’organisation de missions d’accompagnement des opérateurs pour le respect des cahiers de charge vis-à-vis de leurs clients ;
  • du diagnostic de 20 unités de transformation réalisé par l’ITA ;
  • de l’organisation par l’ITA de sessions de formation de renforcement des capacités au profit de 50 opérateurs de la transformation de la mangue et des produits dérivés ;
  • de l’organisation par l’ASEPEX de cinq (5) sessions de formation sur les normes d’exportation et la qualité pour 237 acteurs ;
  • du renforcement des capacités de conditionnement du Feltiplex ;
  • de la réhabilitation de l’atelier Fruits et légumes de l’ITA ;
  • de la mise à disposition de kits d’équipement au profit de 30 unités de transformation ;
  • de la mise à disposition, au profit de producteurs, de 10 tricycles pour le transport de la mangue ;
  • du renforcement des capacités des laboratoires des IACs (DPV, CDH et ITA)
  • de la réalisation d’une unité semi-industrielle de production de pulpe de mangue à Bignona (travaux en cours).

D’autre part, des activités ont été déroulées pour une meilleure connaissance et un meilleur accès aux marchés internationaux. Il s’agit notamment :

  • du renforcement du système de veille commerciale mis en place par l’ASEPEX ;
  • de l’accompagnement de 3 producteurs/exportateurs jusqu’à l’obtention de la certification Global Gap ;
  • de la réalisation d’une étude d’opportunités de marchés sur les pays cibles du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie et Mauritanie) avec un plan d’action sur la mangue fraiche et transformée ;
  • de la mise à jour d’une étude sur le marché européen (Allemagne, Angleterre et autres) et du plan d’action ;
  • du lancement du Label “Mangue du Sénégal” ;
  • de l’accompagnement de 17 entreprises exportatrices de mangues qui ont participé au salon Fruit Logistica (édition 2016 et 2017) ;
  • de l’organisation d’un tour technique au Maroc, du 16 au 22 avril 2017 avec la participation de 12 entreprises sénégalaises.

 

5 – Quelles sont les mécanismes mises en œuvre par le ministère pour parer à la surproduction?

Je pense fondamentale qu’il y a plus un problème de gestion de la chaine de valeur (production, transport, conditionnement, transformation, exportation, etc) que de surproduction. Je pense que les efforts consentis par l’Etat du Sénégal, ces dernières années, ont permis de faire des avancées significatives dans la maitrise de la chaine de valeur.

Pour ce qui est spécifiquement du PACMS, les activités sus-indiquées liées notamment au renforcement des capacités des producteurs et des Instituts d’appui au commerce ainsi que celles liées à une meilleure connaissance et un meilleur accès aux marchés internationaux, devront permettre, si elles sont renforcées et pérennisées, de régler définitivement le problème de la « surproduction » dont vous faites allusion parce que ce sont des activités qui prennent en compte toutes les dimensions de la chaine de valeur mangue.

Pour citer un exemple, l’unité semi-industrielle de production de pulpe de mangue à Bignona, qui est en cours construction, permettra de développer le volet transformation dans cette zone et, in fine, de commercialiser ou d’exporter des produits à forte valeur ajoutée.

Il y a également, d’autres initiatives sectorielles dont la mise en place d’un agropole dans la zone sud pour les filières mangue et anacarde et qui devra également permettre de régler les problèmes de la transformation et de la valorisation des produits agricoles.

 

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